Quand à la valeur d’usage, nos deux polémistes se mettent dans la position absurde de vouloir sacrifier le langage dans son entier dès lors qu’un seul mensonge serait émis. Or les myriades de mensonges proférés en permanence n’empêcheront jamais la parole d’être ce qui nous est le plus précieux. Il en est de même des images : oui les images mentent. Mais pas toutes, pas sur tout et pas tout le temps.

Images malgré tout
Georges Didi-Huberman

Faire un événement, si petit soit-il, la chose la plus délicate du monde, le contraire de faire un drame ou de faire une histoire. Aimer ceux qui sont ainsi : quand ils entrent dans une pièce, ce ne sont pas des personnes, des caractères ou des sujets, c’est une variation atmosphérique, un changement de teinte, une molécule imperceptible, une population discrète, un brouillard ou une nuée de gouttes.

Gilles DELEUZE / Dialogues avec Claire Parnet / “Champ” Flammarion 1996 (via veroniquelamare)

Je crois cependant que je préfère l’acteur discret, l’acteur qui reste en dedans de ce qu’il pourrait faire, l’acteur qui rend justice aux possibilités du jeu plutôt qu’à leurs exécutions intégrales. L’acteur au conditionnel, qui s’adresse à moi pour me montrer ce que le personnage pourrait faire, bien plus encore que ce qu’il fait. L’acteur dont l’apparence indique fermement, mais avec l’économie maximale, ce que recèle l’intériorité à jamais invisible de celui dont le jeu nous parle. L’acteur en somme qui est presque immobile, d’une voix neutre et parfois murmurée, me fait communiquer avec l’inconscient du personnage. L’acteur qui dit sans le dire, le non-dit, le secret de toute subjectivité réelle.

Eloge du théâtre
Alain Badiou

Je ne suis pas un homme de spectacle. La façon de faire des surréalistes, c’est-à-dire d’être constamment sur les tréteaux à manifester, ça ne me concerne pas. J’aime mieux faire les choses, même si ce sont des choses subversives, j’aime mieux les faire dans le calme, un peu comme un anarchiste prépare sa bombe, un petit peu à l’écart…

Francis Ponge, Entretien

L’image tremble, elle est le tremblement de l’image, le frisson de ce qui oscille et vacille : elle sort constamment d’elle-même, c’est qu’il n’y a rien où elle soit elle-même, toujours déjà en dehors d’elle et toujours le dedans de ce dehors, en même temps d’une simplicité qui la rend plus simple que tout autre langage.

L’entretien infini, Vaste comme la nuit - Maurice Blanchot